En savoir plus sur les
leucodystrophies
Définition
Il s'agit d'un mot d'origine grecque formé de « leukos »(blanc), « dys »(trouble)
et
« trophê »(nourriture).
Le terme leucodystrophie se rapporte à un groupe de maladies
d'origine génétique affectant la myéline du système nerveux central.

La myéline est une substance blanche du cerveau et de la moelle
épinière qui enveloppe les fibres nerveuses à la manière de l'isolant sur un
câble électrique : c'est cette substance qui permet la bonne conduction des
messages nerveux.
Dans les leucodystrophies, cette myéline a de la
difficulté à se
former, à se maintenir ou parfois même , au contraire, elle se trouve en trop
grande quantité. Le résultat est une mauvaise conduction de l'influx
nerveux avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour l'organisme. Les
fonctions motrices (tremblements, raideurs, équilibre), les fonctions vitales
(respiration, déglutition) ainsi que les sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher)
peuvent être touchés à différents degrés au fur et à mesure de la progression
de la maladie.
Elles peuvent survenir à n'importe quel âge et se manifestent
différemment selon la localisation de la myéline affectée, l'évolution du
stade de la maladie et la forme de leucodystrophie.
Mécanisme
de cette maladie
Chaque anomalie génétique entraîne une
modification de la gaine de myéline. Dans tous les cas, ces modifications
perturbent la fonction de cette myéline. Les messages nerveux ne sont plus
transmis normalement. Ainsi, à titre d'exemple, si c'est la région du cerveau
qui traite les images qui est touchée, cela peut se traduire à la longue par une
cécité partielle ou totale alors que l'organe de la vue (l'œil) est
parfaitement intact. C'est donc la transmission de l'influx nerveux d'une région
à l'autre de l'organisme qui est perturbée. De ce fait, toutes les fonctions
motrices, sensorielles et intellectuelles peuvent être touchées à différents
degrés.
Manifestations de la maladie
Les manifestations cliniques s'expriment différemment selon le
type de leucodystrophie.
Mais, en général, les manifestations neurologiques surviennent à
tout âge et sont généralement progressives :
-
troubles de l'équilibre;
-
tremblements (ataxie);
-
troubles des fonctions motrices (marche, course);
-
troubles des fonctions intellectuelles (compréhension,
mémoire, comportement);
-
troubles des fonctions sensorielles (vision, audition).
En l'absence de traitement, toutes ces manifestations
s'aggravent plus ou moins rapidement : paralysie totale, cécité, surdité,
incapacité à parler et à s'alimenter normalement. L'évolution des
leucodystrophies est cependant très variable d'une forme à l'autre et d'un
patient à l'autre. Généralement, plus la manifestation se
fait en jeune âge,
plus l'évolution est rapide.
Mode de transmission
Les leucodystrophies
comportent
deux modes de transmission qui dépendent de la forme de leucodystrophie. Le
premier mode de
transmission lié au sexe (par le chromosome X) où les garçons ont 50% des
possibilités d'être malades et par le fait même, porteurs du chromosome défectueux. Les
filles, quant à elles, ne peuvent être malades mais elles ont tout de même 50 % des
possibilités d'être porteuses du chromosome défectueux. L'autre mode de transmission
se nomme "autosomique récessif". Le terme récessif vient du fait que les deux
parents doivent être des porteurs sains du même gène défectueux pour que la
maladie puisse être transmise. De ce fait, elle n'est pas liée au chromosome X et
touche tout aussi bien les garçons que les filles.
Transmission liée au
sexe

Avec le schéma suivant, on observe que la fille à l'extrême
gauche sera porteuse saine puisque le chromosome X sain compensera pour celui
défectueux reçu de sa mère. Par contre, le garçon n'a aucun chromosome pour
compenser le chromosome X défectueux. Il sera donc malade.
Parmi les
leucodystrophies dont la transmission est liée au sexe, nous avons l'adrénoleucodystrophie,
l'adrénomyéloneuropathie et la Maladie de pelizaeus-Merzbacher.
Transmission
autosomique récessive

Dans ce mode de
transmission, les deux parents se doivent d'être tous les deux des porteurs sains
du même gène défectueux. Ils auront donc 50% des chances que leurs enfants
soient
des porteurs sains et donc susceptibles de transmettre le même gène défectueux à
leurs enfants. Un enfant sur quatre sera porteur malade et un enfant sur quatre
ne sera pas porteur du gène défectueux. Cette forme de
transmission génétique concerne la leucodystrophie métachromique, la
maladie de Krabbe, la maladie de Canavan, le syndrome CACH, la leucodystrophie avec
macrocéphalie et cystes et le syndrome d'Aicardi-Gouttières.
Formes connues des leucodystrophies
Jusqu'à maintenant, il
existe environ une quinzaine de formes de leucodystrophies dont les mécanismes
sont plus ou moins connus. Actuellement, environ 30% des leucodystrophies
diagnostiquées sont de forme indéterminée.
|
Formes |
Constituant de la myéline affecté |
Hérédité |
Gène identifié |
Diagnostic prénatal |
Thérapie |
| Leucodystrophie métachromatique |
Sulfatide |
Récessive autosomique |
Oui |
Oui |
Greffe de moelle osseuse
(forme juvénile) |
| Maladie de Krabbe |
Galacto-cérébroside |
Récessive autosomique |
Oui |
Oui |
Greffe de moelle osseuse
(forme juvénile) |
| Adrénoleucodystrophie - Adrénomyéloneuropathie |
Acides gras à très longues chaînes (AGTLC) |
|
Oui |
Oui |
Greffe de moelle osseuse.
Régime préventif ? |
| Maladie de Pelizaeus-Merzbacher |
Protéolipide |
Liée au sexe |
Oui |
Oui |
Non |
| Maladie de Canavan |
Acide N-acétyl aspartate |
Récessive autosomique |
Oui |
Oui |
Non |
| Syndrome CACH |
? |
Récessive autosomique |
Non, localisation sur le chr. 3 |
Non |
Non |
| Leucodystrophie avec macrocéphalie et cystes |
? |
Récessive autosomique |
Non localisation sur le chr. 22 |
Non |
Non |
| Syndrome d'Aicardi-Goutières |
? |
Récessive autosomique |
Non |
Non |
Non |
| Maladie d'Alexander |
? |
Sporadique |
Non |
Non |
Non |
|
Maladie de Zellweger |
|
Récessive autosomique |
Plusieurs chromosomes en cause |
Oui |
|
|
Maladie de Refsum |
|
Récessive autosomique |
Plusieurs chromosomes en
cause |
Oui |
|
|
Leucodystrophie mégalencéphalique |
|
Récessive autosomique |
Oui |
Oui |
|
|
Leucodystrophies d'origine indéterminée |
|
|
|
|
|
Traitements
Quelques traitements possibles existent pour certaines formes de leucodystrophies.
Par exemple, pour l'adrénoleucodystrophie, la maladie de Krabbe ainsi que
la leucodystrophie métachromatique (voir tableau), une greffe de moelle osseuse
peut être tentée. Elle ne pourra dans certains cas que faire régresser ou arrêter la
progression de la maladie. Elle comporte cependant des risques importants et ne
peut être administrée à des patients dont la découverte de la maladie se fait de
façon tardive. Pour les autres formes, il n'existe pour le moment que des
traitements symptomatiques qui ne feront qu'atténuer les problèmes causés par
l'évolution de la maladie.
Recherches
L'isolement du gène peut être considéré comme une première étape
dans l'identification de la protéine déficiente. La purification de celle-ci
pourrait déboucher sur une solution pharmacologique pour certaines
leucodystrophies.
Le remplacement des gènes déficients (thérapie génique) est déjà
à l'étude pour trois de ces leucodystrophies (adrénoleucodystrophie,
leucodystrophie métachromatique et maladie de Krabbe).
Envisager la reconstitution de la myéline détruite constitue
pour le long terme un réel espoir et fait actuellement l'objet de recherches
actives (Projet Myéline et autres).
Un effort particulièrement important doit être développé pour
identifier les mécanismes biochimiques et génétiques qui sont responsables
actuellement d'au moins 30 % des leucodystrophies sans cause (leucodystrophies
non identifiées ou indéterminées).
La transplantation de cellules de Schwann est prometteuse bien
qu'encore à l'état embryonnaire.
En quelques mots,
bien qu'il y ait des recherches en cours actuellement, aucun traitement ne
réussit à sauver la vie de ces enfants à ce jour.